La première séance

Demandez le programme !


1. La Sortie de l'Usine Lumière à Lyon (le Premier Film) (1895)


2. La Voltige (1895)


3. La Pêche aux poissons rouges (1895)


4. Le Débarquement du Congrès de Photographie à Lyon (1895)


5. Les Forgerons (1895)


6. Le Jardinier (l'Arroseur arrosé) (1895)


7. Le Repas (de bébé) (1895)


8. Le Saut à la couverture (1895)


9. La Place des Cordeliers à Lyon (1895)


10. La Mer (Baignade en mer) (1895)


Deux séances pour filmer à la manière des frères Lumière.
Vous trouverez la séquence complète à cette adresse,j'ai utilisé les séances 6 et 7.


Concours de boules (1896), L'arrivée d'un train à La Ciotat (1896), Kiel (1897).



Séance 1 : découverte des films
Une séance est consacrée au visionnage de films réalisés aux débuts du cinéma, par les frères Lumière et leurs opérateurs.
L’objectif est de comprendre leurs contraintes de tournage, qui seront les nôtres à la séance suivante, et de voir comment ces contraintes peuvent susciter la créativité.

Pour préparer la réalisation de films à la manière des frères Lumière, commençons par regarder quelques films réalisés par les Lyonnais et leurs opérateurs.

Quels sont les points communs entre ces films ?

1. Les films Lumière : caractéristiques techniques
. Plan unique : les films sont composés d’un seul plan (comme tous les films réalisés dans le cadre de ce parcours).
. Plan fixe : la caméra ne bouge pas, sauf si elle est posée sur un engin mobile, par exemple un ascenseur.
. Durée : les Lumière ne disposaient que de 17 mètres de pellicule, soit environ 50 secondes de film. Tous leurs films durent donc entre 35 et 50 secondes.
. Son : le cinéma d’alors était muet.

Malgré (ou grâce à) ces contraintes fortes, les films Lumière sont aujourd’hui encore agréables à regarder. Le plaisir de découvrir la vie de nos aïeux de 1900 n’explique pas tout. La qualité des films y est pour beaucoup.



2. Les films Lumière : esthétique
Les Lumière et leurs opérateurs portaient une attention particulière au cadrage.
En particulier :
. L’emplacement de la caméra : la caméra est à la place du cochonnet dans Concours de boules. Deux emplacements différents pour filmer une même action créent deux impressions très différentes, dans Lancement d’un navire et Kiel . Dans Kiel, l’emplacement de la caméra est aussi très adapté à la durée de l’action (le bateau sort de l’image à la toute fin du plan).
. La composition de l’image : on peut jouer sur la profondeur de champ (cf : Kiel), ou les différents plans de l’image (cf : Pyramides).
. Le hors-champ (et entrées et sorties de champ): jouer sur le passage du hors-champ au champ et inversement (Arrivée d’un train, Kiel)…
On peut créer du spectaculaire (Lancement d’un navire) et du suspense.

3. Les films Lumière : de quoi parlent-ils ?
La grande majorité des films Lumière sont des documentaires. Ils racontent donc la vie des hommes autour de 1900, en France et dans le monde. On remarque quelques thématiques récurrentes : la famille, les loisirs, le travail, la ville, les événements marquants, le sport… Les Lumière ont aussi réalisé des films de fiction, basé sur un court scénario (L’Arroseur arrosé). Pour la réalisation on choisira le documentaire.
Aide pour accompagner la découverte : Voici un film explicatif très enrichissant trouvé sur cette page.




Séance 2 : Tournage et visionnage.

Maintenant que l’on est bien imprégné des images des frères Lumière, passons à la réalisation.
Quelques conseils pour réussir au mieux cet atelier.

Matériel:
- 1 téléphone par petit groupe, muni du câble pour le relier à l’ordinateur
- 1 lecteur de carte universel si les téléphones n’ont pas tous un câble
- 1 ordinateur
- 1 vidéoprojecteur + 1 écran
Avant le temps du tournage, régler le mode caméra des téléphones pour que les films s’enregistrent sur la carte et non dans la mémoire du téléphone. Régler le téléphone sur la meilleure résolution d’image possible. Vérifier que l’ordinateur lit bien les films de chaque téléphone.

Rappel des consignes
. Un seul plan : entre « rec » et « stop ». On ne filme pas 3 minutes pour sélectionner le moment qui nous arrange. Il faut choisir le bon moment pour déclencher l’enregistrement. Il est donc important de bien observer ce qu’on veut filmer, avant de lancer la caméra. Mais si un événement imprévu intéressant se produit, il faut être prêt à le saisir.
. Plan fixe : on ne bouge pas le téléphone, sauf si on est soi-même embarqué dans un engin mobile. Maintenir le téléphone le plus fixe possible.
. Temps : 50 secondes maximum, avec une petite tolérance.
. Pas de son : inutile de couper le son du téléphone, on le coupera au visionnage.


Mise en œuvre
Faire des petits groupes de trois.
Munir chaque groupe d’un seul téléphone.
Un membre du groupe est désigné script : il notera les bonnes prises, celles qui seront visionnées collectivement.
Préciser qu’à la fin du tournage, chaque groupe choisira au maximum 3 films à montrer.
La répartition du temps de tournage et du temps de visionnage dépend du temps total dont on dispose. Si les séances durent une heure, il ne faudra pas hésiter à consacrer une séance entière au tournage (10 minutes de préparation, 40 minutes de prise de vues, 10 minutes pour récupérer les films), une autre au visionnage collectif.

Conseils pour la réalisation
. Attention à la durée : porter une trop grande attention au cadrage peut aboutir à des photos filmées, jolies mais ennuyeuses car il ne s’y passe pas grand chose. Oui, 50 secondes muettes peuvent paraître longues. Par exemple, la composition de Laveuses sur la rivière est superbe, mais le film n’apporte pas grand-chose par rapport à une photographie.
Attention à ne pas couper au bout de 20 ou 30 secs si on a l’impression qu’il ne se passe rien, car on risque alors de rater l’imprévu qu’on aurait aimé filmer. Être attentifs aux petits événements. Mais ne pas négliger le plaisir de contempler des mouvements répétitifs.
. S’en tenir au documentaire : éviter les scènes fictionnelles type L’Arroseur arrosé, car c’est plus difficile (jeu d’acteur, scénario) et ça fait perdre de vue ce qui est le plus formateur dans l’exercice (travail sur le cadre ; observation du réel).
Bande annonce du film de Thierry Frémaux. Lumière ! L'aventure commence.




Petite note de bas de page :


Thierry Frémaux (28/12/2020): "Commençons par un point final : c'est la France qui a inventé le cinéma. A l'été 1894, à Paris, Antoine Lumière découvre le Kinétoscope de Thomas Edison, appareil individuel qui permet à une image minuscule de s'animer si on y met une pièce. « Il faut faire sortir le film de cette boite, dit immédiatement le père de Louis et Auguste, le projeter sur un grand écran et devant un public. » Et il ajoute : « Je rentre à Lyon. Mes fils trouveront. » Ses fils trouvèrent et appelèrent leur machine le Cinématographe, qui signifie « écrire le mouvement ». Génie de la nouveauté : le même appareil filme et projette. À la fin 1895, Lumière décide de dévoiler au monde la nouvelle invention. Le 28 décembre 1895, il accueille le public parisien au Salon Indien du Grand Café, boulevard des Capucines, dans le quartier des illusionnistes et des magiciens. Son propriétaire refuse une location au prorata du nombre de spectateurs. Le premier soir, il se frotte les mains : il n'y en avait que 33. Les jours suivants, la foule accoure par centaines. Louer la salle au forfait fut la première bonne affaire de l'histoire du cinéma. Lumière savait ouvrir le futur, et pas seulement par son patronyme. Une demi-heure, dix films projetés et rembobinés les uns après les autres, cinquante secondes chacun, dont le premier d'entre eux : La Sortie de l'usine Lumière à Lyon. Et s'il est vrai que Georges Méliès assistait à cette première séance, installé au premier rang, et qu'il a tenté en vain d'acquérir l'appareil, il ne l'est en revanche pas que Lumière a déclaré que « c'était un art sans avenir ». La preuve, Louis va réaliser et produire 1500 films (tous superbes, mais c'est un autre sujet). Des histoires belles mais fausses, il y en a quelques unes dans la saga Lumière. Comme chez John Ford, on a souvent préféré imprimer la légende et on a bien fait. Le 28 décembre fut donc la « première projection publique payante ». La première séance de cinéma. On va le dire ainsi, en ce jour anniversaire, en précisant pour les grincheux qui contestent depuis des lustres la légitimité de Lumière, que les Américains vont aussi au cinéma, pas au Kineto."